ECAL/Fabrice Schneider




ECAL/Fabrice Schneider (Natif) | Project |


Le point de départ de ce travail qui s’intitule “Natif” est l’enthousiasme que mon père a eu dans sa jeunesse en lisant les romans du célèbre écrivain allemand Karl May. Parmi ces aventures, celles du célèbre “Winnetou”, le noble apache et figure archétypale du héros qui défend les opprimés et combat l’injustice. Depuis, mon père a gardé un certain goût nostalgique pour l’aventure puisqu’il a lui-même construit un canoë pour ses sorties estivales sur le lac de Joux ou l’Aar, près de Bern, où il a grandit.

L’immense succès que les romans de May ont eu en Allemagne, et plus tard, le triomphe des adaptations cinématographiques des aventures de Winnetou m’ont intéressé. La jeune génération allemande, née dans l’après-guerre (dont ma mère fait partie) a grandit avec ces films, qui sont alors devenus le symbole de la réconciliation du peuple allemand avec le bien, le positif.

Toutefois, le mythe qu’est devenu Winnetou n’est qu’une construction, une fiction issue de l’imaginaire d’un romancier allemand qui n’a visité l’Amérique du Nord qu’à la fin de sa vie. Les films n’ont pas été tournés aux états-unis, mais en Croatie, avec une équipe principalement Allemande et un acteur Breton pour incarner le héros Apache! L’idéal, véhiculé par les aventures de Winnetou n’a que peu de liens avec la réalité, tout comme le pouvoir illusionniste et suggestif du médium photographique. Par contre cet idéal reflète sensiblement l’intérêt des Allemand pour le Western, particulièrement en RDA, où il existait des centaines de clubs, ce qui permettaient aux adeptes de se rassembler en toute légalité.

Ce “Far West germanique” véhiculait des valeurs de justice, d’amitié virile et la soif d’un monde idéalisé, sans oublier une dimension religieuse à travers le personnage de Winnetou qui, à la manière du Christ incarne le sauveur, le rédempteur.

Tout en explorant les genres picturaux et en adoptant une esthétique empruntée au genre de la carte postale, ce travail propose un voyage à travers une imagerie personnelle et plutôt Européenne de la culture Amérindienne. Tout en faux-semblants et haute en couleur !

Les cartes postales situées sur la table permettent un regard sur mes inspirations pour ce projet.
C’est une petite collection “en devenir”, elle permet de tisser des liens avec l’accrochage, on retrouve certains croisements iconographiques à travers des motifs similaires ou des images ambiguës. (F. Schneider)